-Excusez-moi monsieur, puis-je vous demander où est la rue d'Oural?
-Hmm... Prochain carrefour, droite
-Merci...
Cela faisait plus de deux heures que j'errais dans les rues de Paris, dans ce quartier mal famé. Les gens ne me répondaient pas. C'était comme si ils me fuyaient.
J'avais l'impression d'être "Jean Valjean", dans les Misérables...
Bon, j'avoue, si dans le passé j'avais vu une fille comme moi, je serais partie en courant.
J'arrivais devant un magasin d'informatique et regardais mon reflet dans la vitrine.
Ce que je voyais, c'était une fille aux cheveux bruns ébouriffés, au regard timide, des lèvres effacées...elle avait des vêtements sales: un tee shirt trop large, un jean déchiré, et des baskets troués.
Cette fille ressemblait à une clocharde...
La vue de moi-même me blessa. Je détournais le regard et continuai mon chemin.
Au bout de cinq minutes, j'arrivais devant un petit salon de coiffure. Etait-ce bien là?
Julie ne m'avait donné aucune indication.
Mais comme la rue d'Oural était toute petite, ce devait être là.
Il ne devait y avoir personne à cette heure, pourtant, la porte était entre-ouverte, je la poussai et entrai...
C'était un bel endroit, situé au milieu de nul part, l'éclairage était moderne, avec des thèmes rouges, verts, et jaunes variant.
Le parquet était ciré, et une grand poster de Marilyn Monroe était affiché au fond de la salle.
J'avais l'impression d'être un intrus dans ce beau paysage.
Un nuage dans un ciel bleu. Une tache sur un beau tableau...
Pourtant, c'était mon seul et dernier espoir. J'inspirai un grand coup et avançais, déterminée comme jamais. Une grande blonde arriva et me fixa d'un air étonné.
-Qui êtes vous?
J'en étais sûre. J'étais trop sale, trop mal habillé pour avoir l'air d'une cliente.
-Agathe...
La dame sourcilla.
-Oh! C'est donc vous dont Julie m'a parlé...
-Oui...
-Moi c'est Gisèle, Assieds toi...Euh...On peut se tutoyer?
Cette amabilité me fit sourire.
-Pas de problème...
Gisèle me conduisit dans un petite pièce et me fit asseoir sur une chaise.
Elle se mit derrière son bureau, face à moi et commença a me poser des questions, comme à un véritable entretient.
-Donc, Agathe...Julie m'a dit que tu avais arrêté tes études, et que tu cherchais un travail dans ce qui concerne coiffure, mode, etc... Dis-moi en un peu plus, et pas seulement de ta vie professionnel, de tes projets, mais aussi de ta vie personnelle...
-Si tu acceptes, evidemment, ajouta t-elle en voyant que j'étais gênée.
J'hésitais. D'un côté, ma vie personnelle ne la regardais pas. D'un autre, j'ai tellement besoin de ce boulot! C'est vital pour moi!
-Voilà...J'ai 19 ans, j'ai arrêté mes études à 14 ans pour devenir coiffeuse artistique. A l'âge de 16 ans, mes parents sont morts dans un accident de voiture (Gisèle prit un air désolé), je n'avais plus de famille. Mon père était endetté, et on me prit l'appartement (elle ouvrit de grands yeux surpris) Puis, je fus placée dans un foyer. Après deux tentatives de fuites, on m'envoya en tole où j'ai passé 2 mois à attendre le verdict du juge (elle tenta de prendre ma main, comme pour me consoler). Ayant pitié de moi, celui-ci m'a laissé partir. Mais aucun foyer ne m'accepta. Etant majeure (j'avais 18 ans), je me retrouvai dans la rue (Gisèle était sur le point de dire quelque chose). Puis, mon amie Julie accepta de m'héberger. Mais elle est partie en Amérique et, à présent. je suis SDF.
C'était court, c'était bref, c'était bête. Pourtant, ça voulait tout dire...
Gisèle devint toute rouge. Tant mieux! Elle avait qu'à se mêler de ses fesses! Elle passa sa main dans mes cheveux, et me regarda, comme si j'étais un chiot abandonné.
-Je...ne sais pas quoi dire, balbutia t-elle.
(sans blague!)
-Voilà, maintenant que vous savez tout sur ma vie personnelle, puis je parler de choses un peu plus professionelles?
Vous savez, ces choses que j'étais censée vous dire aujourd'hui? aboyai-je presque à la figure de la pauvre femme. Pauvre? Que dis-je?
-Non, ce n'est pas la peine, dit-elle d'une voix faible, levez vous (ah! elle recommence a me vouvoyer!), nous allons passer aux choses concrètes...